Comment parler des drogues aux jeunes

Comment donner une information objective sur les drogues ?
Nous vivons dans une société où les informations circulent constamment. Les médias nous déversent une multitude de données parfois contradictoires sur les assuétudes. Les journaux affichent des titres accrocheurs qui excitent l’imagination même si les articles se révèlent plus nuancés. Les émissions télévisées recourent souvent à des témoignages percutants qui favorisent les généralisations hâtives sur tout usage de drogues… Audimat oblige ! Leur objectivité pose question. Comment faire la part des choses dans ce dédale de mots et d’images pour fournir aux jeunes des informations qui donnent une base solide de discussion lors des animations ?
La tentation est grande de leur présenter uniquement les données qui argumentent en faveur de nos convictions personnelles et des valeurs qui président à nos choix par rapport aux assuétudes. Si l’on poursuit cet objectif de responsabilisation des jeunes face à leurs choix de vie, plusieurs données sont à prendre en compte.

Développer un esprit critique

Face à toute information, plusieurs éléments sont à rechercher :
1. Quel est le contenu ?
• Qu’est-ce qui est dit ?
• Parle-t-on uniquement du produit, des consommateurs ou du contexte de consommation ?
2. Sous quelle forme ?
• Le message est-il visuel ? auditif ? Quel support utilise-t-il ?
• Sous quel mode ? Recourt-il plus aux émotions, ou à la “raison”, à l’intellectualisation… ?
3. Quelle est la source de l’information et son contexte ?
• Que recherche la personne en dévoilant (divulguant) cette information ?
• L’origine de cette information est-elle scientifique ? Qui est le commanditaire ? Dans quels buts ?
• Est-ce une expérience vécue ? une confidence ?
4. Qui la divulgue et avec quels objectifs ? Quel est l’émetteur ?
• Est-ce un média ? Quel type de média ?
• Est-ce dans le cadre d’une relation privilégiée ?
• Que recherche l’émetteur ?
• Quels sont les objectifs poursuivis par l’émetteur de l’information ?
5. Quels sont les effets sur le public ?
• Qu’est-ce que l’information m’apprend de nouveau ?
• Est-ce qu’elle confirme ou infirme certaines de mes opinions ?
• Est-ce que je suis convaincu (e) de la fiabilité de cette information ?
• Est-ce qu’elle me pousse à adopter une nouvelle attitude vis-à-vis de la consommation ou des consommateurs ?
• Est-ce qu’elle me renforce dans mes attitudes ?

Replacer toute information dans l’interaction individu-produit-environnement

Toute information doit être relativisée en la resituant dans l’interaction Individu – Produit – Environnement.
Situer toute information dans le triangle Produit-Individu-Environnement permet de vérifier si les généralisations tiennent la route.
Cette méthode relativise certaines affirmations et développe l’esprit critique.
Chacun peut dès lors se situer avec ses consommations individuelles dans son contexte, en évaluer les avantages, les inconvénients et risques éventuels.

Adapter votre animation au vécu de votre public

Chacun de nous s’est forgé une perception de la problématique des assuétudes en fonction de son expérience de vie. Toute nouvelle information vient se greffer sur cette représentation pour la consolider ou la mettre en doute.
Cependant, nous aurons tendance à ne prendre en compte que les informations qui confirment notre point de vue, parce qu’il nous sert de base pour nous comporter dans la vie en cohérence avec les valeurs qui sont les nôtres. C’est pourquoi nous vous avons conseillé, avant toute discussion avec les jeunes, d’être autant que possible
conscient de votre propre représentation (voir page 9-10 de la brochure théorique).
De même les jeunes qui sont face à vous portent déjà un regard personnel sur les “drogues”. Ils en ont tous déjà entendu parler. Nombre d’entre eux ont déjà expérimenté divers produits licites comme l’alcool, le tabac et certains connaissent des produits illicites.
Dans cette mouvance de l’adolescence où le jeune est à la recherche de son identité, il essaye de se faire une opinion sur la consommation de drogues et ses propres se faire une opinion sur la consommation de drogues et ses propres consommations. Tâche difficile en cette période de la vie où les enjeux sont multiples et les sources d’informations, diverses. L’intégration dans un groupe constitue la première étape de socialisation en dehors de la
famille. C’est au travers de ses comportements que les autres vont l’estimer, le reconnaître ou le rejeter. Prendre position par rapport à la consommation de tel ou tel produit psychotrope licite ou non fait souvent partie de cet enjeu : prouver qui on est, s’affirmer face aux autres.
Les médias, les conversations et expériences vécues transmettent souvent des messages contradictoires qui suscitent des émotions ambivalentes : appréhension, curiosité, dégoût, fascination…
La représentation sociale la plus courante donne à croire que la consommation de drogues est un phénomène jeune.
Idée erronée puisque l’usage de psychotropes touche l’ensemble de la société. Cependant c’est la consommation de drogues chez les jeunes qui inquiète le plus les adultes, surtout s’ils sont responsables d’adolescents. La peur, l’urgence sont de mauvais guides pour leur offrir un climat serein à l’abri des jugements moraux et des vérités scientifiques péremptoires. Ces arguments qui se veulent dissuasifs renforceront certainement les convictions de certains jeunes opposés à l’usage de drogues illicites mais bloqueront la communication avec ceux qui sont dans une phase de curiosité ou d’expérimentation. Un climat d’intolérance risque de perturber l’animation.

La représentation