La variable individu

De l’expérimentation à l’usage régulier et à la toxicomanie, quelles sont les personnes qui feront “l’escalade” ?
Beaucoup de spécialistes ont cherché à en déterminer le profil-type de manière à pouvoir axer la prévention et l’intervention sur ce type précis d’individus.

“ Les biologistes et les médecins ont recherché systématiquement des facteurs physiologiques, génétiques ou biochimiques ; les spécialistes du comportement ont cherché s’il y avait des troubles du caractère ou une psychopathologie spécifique chez le toxicomane, si son développement physique et mental ne s’était pas arrêté trop tôt, si son développement n’avait pas souffert d’un foyer familial désuni, d’une éducation trop libérale donnée par des parents trop tolérants, ou de certaines attitudes adoptées par les parents en matière d’éducation, ou encore sur le plan social, religieux et politique, les spécialistes des sciences sociales ont cherché des explications dans les privations, la misère, les mauvaises conditions de logement, l’insuffisance des possibilités d’éducation ou d’emploi, les préjugés et la discrimination et aussi dans les pressions d’ordre culturel favorisant l’usage de la drogue, la publicité et les grands moyens d’information. Mais ce qu’on trouve alors est souvent fonction de ce qu’on cherchait. ”
Helen NOWLIS, La drogue démythifiée, Paris, Unesco, p. 38

Si chaque cas est spécifique, on peut cependant estimer qu’il y a une plus grande fragilité lors de bouleversements, de changements dans la vie : adolescence, entrée dans la vie adulte ou professionnelle, début de vie de couple, rupture, deuil, passage à la pension, départ des enfants…

a. Une étape particulière : l’adolescence

Il est d’usage courant de parler de l’adolescence en termes de “ crise d’adolescence ”, synonyme de période de
troubles, d’incertitudes… On oublie alors tout le dynamisme de cette période de mutations et de choix (le mot “ crise ” vient d’ailleurs de krisis qui signifie choix, décision.)
Une crise, c’est une période de la vie où il y a un écart, un décalage entre ce qui l’on vit et ce que l’on voudrait vivre, entre la situation présente et ce à quoi on aspire. Ce qui caractérise la crise d’adolescence, c’est que pour la première fois avec autant d’intensité, l’adolescent est à la recherche d’une identité personnelle.

b. Une période de changements

Lorsqu’il était enfant, il se définissait par rapport à sa famille. Ses comportements étaient inculqués par ses parents ainsi que les normes, valeurs et règles sociales. A l’époque de la puberté, qui, dans notre culture, recoupe partiellement celle de l’adolescence, plusieurs changements apparaissent qui le poussent à se découvrir en dehors du microcosme familial.
Il subit des transformations physiques et psychologiques qui lui prouvent qu’il grandit mais qui peuvent être insécurisants. Il voit son corps se transformer sans savoir ce qu’il va devenir. Va-t-il correspondre à l’image dont il rêve ? Comment les autres vont-ils le percevoir ? Va-t-il être accepté, apprécié et aimé ?
Il prend une conscience accrue de sa sexualité, arrivée à sa maturité physiologique, mais ne la maîtrise pas encore.

Le passage en secondaire concrétise ce passage du monde de l’enfance à l’adolescence.
Tous ces changements lui donnent une perception de lui-même différente. Il ne se ressent plus seulement comme une partie de la famille. Il ne sait pas encore trop bien ce qu’il veut vivre et comment il va le vivre. Son vécu est en décalage avec ce qu’il sent de nouveau en lui. Il ne se ressent plus seulement comme étant une partie de la famille.

Le groupe de pairs joue souvent un rôle important pour lui offrir des occasions d’expérimenter de nouvelles relations avec soi et avec autrui. D’autant plus que les rapports avec les parents sont souvent chargés d’émotions conflictuelles. Il est difficile pour ces derniers de s’adapter aux changements qui modifient leur petit enfant afin d’instaurer une nouvelle relation. Les adultes en dehors de la famille peuvent eux aussi contribuer à lui offrir une autre perception de lui. A travers eux, il cherche d’autres modèles identificatoires.

c. L’adolescence et ses paradoxes

Ces moments sont angoissants mais aussi enivrants : tous les possibles lui sont ouverts. Certains jeunes sont attirés par le changement, d’autres le craignent. L’adolescent se sent souvent divisé entre le monde de l’enfance qu’il veut quitter tout en en conservant les avantages et le monde adulte où tous les possibles s’ouvrent à lui. Il se sent à la fois invulnérable et fragile, ces deux versants conflictuels se reflètent dans son discours, ses attitudes et comportements. Un climat de bienveillance et de compréhension de la part des adultes est nécessaire afin de permettre au jeune d’exprimer ses doutes et paradoxes.
Dans cette période de mouvances, de multiples comportements seront alors expérimentés, qui déconcertent et irritent parfois l’entourage par leur variété.
Il est rare qu’il exprime verbalement les motivations de ces comportements puisqu’il n’en a pas toujours conscience. Il agit ses ressentis plus qu’il ne les verbalise.
On peut toutefois y trouver : la recherche d’identité, la recherche du bien-être, la recherche de valeurs personnelles, la reconnaissance de pairs et l’appartenance à un groupe, la reconnaissance des adultes en se positionnant face à eux, il teste les normes et les règles de la société, afin de vérifier leur sens et légitimité, la recherche d’autonomie,
la recherche de modèles identificatoires avec des repères et des limites,

d. Adolescence et consommation

L’usage de drogues est un des comportements par lequel l’adolescent peut essayer de répondre à toutes ces motivations. Le risque consiste en ce qu’il voit en elle l’unique solution dans sa recherche d’identité et ne fasse ainsi l’économie d’autres apprentissages. Face à la consommation, le jeune se trouve également confronté à ses polarités. Il désire d’une part consommer ou expérimenter le produit afin de répondre à une motivation sousjacente (qui peut être inconsciente) ou d’autre part tenter de refuser afin de préserver une valeur essentielle à ses yeux. Par exemple, un jeune peut être divisé entre deux positions :
Je consomme parce que j’ai envie d’appartenir à un groupe et de me différencier des adultes.
Je m’abstiens pour maintenir la confiance de mes parents et parce que j’ai peur des risques.


Variable produit.