La problématique des assuétudes

1. INTERACTION PRODUIT – INDIVIDU - ENVIRONNEMENT
Nous avons resitué la consommation de drogues comme un comportement humain. Au travers de ce comportement, la personne exprime un sens qui découle de son rapport à elle-même et au monde ainsi que de ses attentes et convictions par rapport au produit dont elle fait usage.
Le phénomène des assuétudes est donc complexe à analyser puisqu’il doit tenir compte de l’interaction de trois facteurs : Produit – Individu – Environnement.

“ L’utilisation, licite ou non, médicale ou non, d’une drogue quelconque, fait intervenir trois éléments fondamentaux: a) la substance elle-même; b) l’individu qui l’utilise; c) le contexte social et culturel dans lequel se situe l’utilisation de la drogue en question.
Quelle que soit la façon d’aborder le problème, il faut tenir compte de ces trois facteurs (…). Or chaque élément est complexe et le degré variable de complexité que l’observateur attribue à chacun de ces trois éléments dépend généralement de son expérience, de sa formation personnelle et professionnelle et de l’intérêt personnel ou professionnel qu’il porte à l’étude du problème. ”
Helen NOWLIS, La drogue démythifiée, Paris, Unesco, 1975, pp. 11-12.

Facteurs multiples, questions multiples
De multiples variables sont à prendre en compte pour chacun de ces facteurs.
Lorsqu’une personne consomme un produit, de nombreuses questions peuvent se poser.
Sur la personne du jeune :
• Que vit-il pour le moment ?
• Quelle image de lui véhicule-t-il ?
• Comment se perçoit-il ?
• Que cherche-t-il au travers de sa consommation ?

Sur le produit :
• Quel est le type de produit ? – Quels en sont les effets ?
• Quel en sont les risques ? – En a-t-il connaissance ?
• Quels sont les modes de consommation ?
• A quelle fréquence ?
• Quels sont les attentes vis-à-vis du produit ?
• Comment perçoit-il la consommation de drogues ?
• Comment se fait-il qu’il consomme s’il est informé des méfaits du produit ?

Sur l’environnement :
• Dans quel contexte recourt-il à la consommation ?
• Y a-t-il des contextes où il ne consomme pas ?
• Comment s’y positionne-t-il ?
• Comment perçoit-il son environnement ?
• Quelle place veut-il y occuper ? Appartenance ou différence ?
• Comment ce comportement est-il perçu dans cet environnement ?
• Dans ce contexte, a-t-il d’autres choix que la consommation de drogues pour obtenir ce qu’il recherche ?

Chaque cas est spécifique. Il n’y a pas de réponse type ni de généralisation possible.

S’il est important de se poser les questions sur le vécu de la personne par rapport au produit et à son environnement, les réponses ne seront que des suppositions. Il est essentiel de les vérifier avec elle dans le cadre d’une relation d’écoute. Elle seule connaît son vécu et peut y répondre.

Les suppositions émises doivent se centrer sur le côté positif de sa recherche. Elle adopte ce qui lui paraît le meilleur choix possible pour obtenir quelque chose d’important pour elle. Les réponses ayant une connotation négative du type “ Oublier ses problèmes, fuir son milieu familial… ” dénotent un jugement qu’elle pourra d’ailleurs admettre mais qui ne reflètera que partiellement sa démarche, et ne donnera aucune piste d’intervention.

Il est alors nécessaire de poursuivre le questionnement (“ Que se passe-t-il pour toi lorsque tu peux oublier tes problèmes ? Comment te sens-tu alors ? … ”) afin d’obtenir une réponse positive et spécifique reflétant le sens du comportement (“ Je me sens calme, je me sens vivre, je me sens libre… ”)

La variable individu
De l’expérimentation à l’usage régulier et à la toxicomanie, quelles sont les personnes qui feront “l’escalade” ?
Beaucoup de spécialistes ont cherché à en déterminer le profil-type de manière à pouvoir axer la prévention et l’intervention sur ce type précis d’individus.

“ Les biologistes et les médecins ont recherché systématiquement des facteurs physiologiques, génétiques ou biochimiques ; les spécialistes du comportement ont cherché s’il y avait des troubles du caractère ou une psychopathologie spécifique chez le toxicomane, si son développement physique et mental ne s’était pas arrêté trop tôt, si son développement n’avait pas souffert d’un foyer familial désuni, d’une éducation trop libérale donnée par des parents trop tolérants, ou de certaines attitudes adoptées par les parents en matière d’éducation, ou encore sur le plan social, religieux et politique, les spécialistes des sciences sociales ont cherché des explications dans les privations, la misère, les mauvaises conditions de logement, l’insuffisance des possibilités d’éducation ou d’emploi, les préjugés et la discrimination et aussi dans les pressions d’ordre culturel favorisant l’usage de la drogue, la publicité et les grands moyens d’information. Mais ce qu’on trouve alors est souvent fonction de ce qu’on cherchait. ”
Helen NOWLIS, La drogue démythifiée, Paris, Unesco, p. 38

Si chaque cas est spécifique, on peut cependant estimer qu’il y a une plus grande fragilité lors de bouleversements, de changements dans la vie : adolescence, entrée dans la vie adulte ou professionnelle, début de vie de couple, rupture, deuil, passage à la pension, départ des enfants…

a. Une étape particulière : l’adolescence

Il est d’usage courant de parler de l’adolescence en termes de “ crise d’adolescence ”, synonyme de période de
troubles, d’incertitudes… On oublie alors tout le dynamisme de cette période de mutations et de choix (le mot “ crise ” vient d’ailleurs de krisis qui signifie choix, décision.)
Une crise, c’est une période de la vie où il y a un écart, un décalage entre ce qui l’on vit et ce que l’on voudrait vivre, entre la situation présente et ce à quoi on aspire. Ce qui caractérise la crise d’adolescence, c’est que pour la première fois avec autant d’intensité, l’adolescent est à la recherche d’une identité personnelle.

b. Une période de changements

Lorsqu’il était enfant, il se définissait par rapport à sa famille. Ses comportements étaient inculqués par ses parents ainsi que les normes, valeurs et règles sociales. A l’époque de la puberté, qui, dans notre culture, recoupe partiellement celle de l’adolescence, plusieurs changements apparaissent qui le poussent à se découvrir en dehors du microcosme familial.
Il subit des transformations physiques et psychologiques qui lui prouvent qu’il grandit mais qui peuvent être insécurisants. Il voit son corps se transformer sans savoir ce qu’il va devenir. Va-t-il correspondre à l’image dont il rêve ? Comment les autres vont-ils le percevoir ? Va-t-il être accepté, apprécié et aimé ?
Il prend une conscience accrue de sa sexualité, arrivée à sa maturité physiologique, mais ne la maîtrise pas encore.

Le passage en secondaire concrétise ce passage du monde de l’enfance à l’adolescence.
Tous ces changements lui donnent une perception de lui-même différente. Il ne se ressent plus seulement comme une partie de la famille. Il ne sait pas encore trop bien ce qu’il veut vivre et comment il va le vivre. Son vécu est en décalage avec ce qu’il sent de nouveau en lui. Il ne se ressent plus seulement comme étant une partie de la famille.

Le groupe de pairs joue souvent un rôle important pour lui offrir des occasions d’expérimenter de nouvelles relations avec soi et avec autrui. D’autant plus que les rapports avec les parents sont souvent chargés d’émotions conflictuelles. Il est difficile pour ces derniers de s’adapter aux changements qui modifient leur petit enfant afin d’instaurer une nouvelle relation. Les adultes en dehors de la famille peuvent eux aussi contribuer à lui offrir une autre perception de lui. A travers eux, il cherche d’autres modèles identificatoires.

c. L’adolescence et ses paradoxes

Ces moments sont angoissants mais aussi enivrants : tous les possibles lui sont ouverts. Certains jeunes sont attirés par le changement, d’autres le craignent. L’adolescent se sent souvent divisé entre le monde de l’enfance qu’il veut quitter tout en en conservant les avantages et le monde adulte où tous les possibles s’ouvrent à lui. Il se sent à la fois invulnérable et fragile, ces deux versants conflictuels se reflètent dans son discours, ses attitudes et comportements. Un climat de bienveillance et de compréhension de la part des adultes est nécessaire afin de permettre au jeune d’exprimer ses doutes et paradoxes.
Dans cette période de mouvances, de multiples comportements seront alors expérimentés, qui déconcertent et irritent parfois l’entourage par leur variété.
Il est rare qu’il exprime verbalement les motivations de ces comportements puisqu’il n’en a pas toujours conscience. Il agit ses ressentis plus qu’il ne les verbalise.
On peut toutefois y trouver : la recherche d’identité, la recherche du bien-être, la recherche de valeurs personnelles, la reconnaissance de pairs et l’appartenance à un groupe, la reconnaissance des adultes en se positionnant face à eux, il teste les normes et les règles de la société, afin de vérifier leur sens et légitimité, la recherche d’autonomie,
la recherche de modèles identificatoires avec des repères et des limites,

d. Adolescence et consommation

L’usage de drogues est un des comportements par lequel l’adolescent peut essayer de répondre à toutes ces motivations. Le risque consiste en ce qu’il voit en elle l’unique solution dans sa recherche d’identité et ne fasse ainsi l’économie d’autres apprentissages. Face à la consommation, le jeune se trouve également confronté à ses polarités. Il désire d’une part consommer ou expérimenter le produit afin de répondre à une motivation sousjacente (qui peut être inconsciente) ou d’autre part tenter de refuser afin de préserver une valeur essentielle à ses yeux. Par exemple, un jeune peut être divisé entre deux positions :
Je consomme parce que j’ai envie d’appartenir à un groupe et de me différencier des adultes.
Je m’abstiens pour maintenir la confiance de mes parents et parce que j’ai peur des risques.

La variable produit.

a. Qu’entend-on par le terme “drogue” ?

Le mot “drogue” désigne toute substance qui, incorporée dans l’organisme, agit sur le système nerveux central pour modifier l’état de conscience du consommateur (humeur, sensation, perception…)

Ce terme souvent chargé d’une connotation négative de “drogue illicite” avec ses relents de toxicomanie, marginalité, délinquance… est de plus en plus remplacé par ceux de “psychotrope” ou de “substance psychoactive” qui mettent en exergue leur activité sur le psychisme. Un nombre considérable de produits divers est concerné par cette définition : du café à l’héroïne, en passant par les médicaments et le tabac. Dans ce guide, nous utilisons indifféremment les termes de “substance psychoactive”, “produit psychotrope”, “drogue”.

b. Comment les psychotropes agissent-ils ?

Les psychotropes ont la propriété de perturber l’information entre les cellules nerveuses. Ce mécanisme neurobiologique est complexe. Voici une tentative sommaire de vulgarisation de ce phénomène.
Les substances psychoactives agissent sur le système nerveux central, le S.N.C. (le cerveau, le tronc cérébral et la moelle épinière.) Le S.N.C. est comparable à un tableau de commandes et un ordinateur. Il reçoit les messages captés par les autres systèmes de notre organisme qui sont concernés (musculaire, squelettique, circulatoire, nerveux, respiratoire, digestif, sécrétoire et endocrinien) et y réagit en renvoyant des messages en retour. Il nous permet également de raisonner et d’élaborer des jugements. Notre cerveau est constitué de plusieurs dizaines de milliards de cellules nerveuses appelées neurones. Les messages se transmettent entre ces neurones sous forme d’influx nerveux.
Chaque neurone est relié au suivant par une fente microscopique appelée synapse. Ce sont les neurotransmetteurs, substances chimiques stockées dans les neurones, qui vont permettre à l’influx nerveux de franchir la fente synaptique (cfr. dessin.)


Les psychotropes pénétrant dans l’organisme sont emportés par le courant sanguin jusqu’aux cellules du S.N.C.
Ils agissent au niveau des neurotransmetteurs et de leurs récepteurs pour calmer (dépresseurs, calmants, analgésiques), stimuler (stimulants) ou perturber (hallucinogènes) la transmission des influx nerveux.
Les psychotropes modifient l’information envoyée à notre cerveau, perturbent sa réponse aux différentes parties de notre organisme ainsi que l’élaboration de la pensée et des émotions.

c. Dépendance physique, tolérance, dépendance psychique

Selon le type d’action de leurs molécules sur les cellules nerveuses de l’organisme, les substances psychoactives peuvent induire un processus de dépendance physique et/ou un phénomène de tolérance. Si l’effet procuré par la substance correspond à un sentiment quelconque de plaisir, à une attente du consommateur, un processus de dépendance psychique pourra se déclencher.

La dépendance physique

Il s’agit d’un mécanisme biochimique s’immisçant dans les mécanismes biologiques essentiels de l’organisme.
Soumis à une répétition de prises de certains psychotropes, l’organisme modifie son équilibre interne. L’usager doit alors continuer à consommer pour maintenir l’équilibre de son organisme.
L’absence de produit provoquera un symptôme de manque (ou symptôme de sevrage) qui se traduit par des souffrances physiques telles que douleurs musculaires, crampes, tremblements, transpiration excessive, vomissements…
Le mécanisme le plus connu est celui des opiacés (héroïne, morphine…). Le corps sécrète naturellement des neurotransmetteurs qui possèdent des propriétés compa-rables aux opiacés, les endorphines. Celles-ci nous permettent de gérer la douleur, la tristesse, les émotions…
Lors d’un usage régulier d’opiacés, le corps ne produit plus d’endorphines. La privation du produit entraîne alors un syndrome de manque jusqu’à ce que l’organisme rétablisse la production d’endorphines.

Remarques :
Une première expérimentation n’entraîne pas de dépendance physique. Cependant, celle-ci s’installe plus rapidement avec certains produits.
La dépendance physique n’est pas liée systématiquement à la puissance des effets ni à la nocivité du psychotrope. Le LSD provoque de fortes hallucinations pendant une durée de 4 à 12 heures et cependant n’engendre pas de dépendance physique.
Les solvants organiques sont d’une extrême nocivité pour les fonctions vitales telles que les reins, le foie… sans induire pour autant de dépendance physique.

La tolérance

La tolérance, parfois désignée par le terme d’accoutumance, désigne un phénomène physiologique qui oblige leconsommateur régulier à augmenter la dose de certains produits pour en maintenir les effets recherchés.
Face à la stimulation des neurones lors de l’usage de certains psychotropes, l’organisme met en place un système de régulation pour protéger son bon fonctionnement, ce qui entraîne une perte de sensibilité aux effets de ces produits.
Remarques :
Ce processus de tolérance ne doit pas être confondu avec le besoin psychique pour certains usagers de répéter l’usage ou d’augmenter la dose de certains produits pour en ressentir plus souvent ou plus intensément les effets.
Si le cannabis est “répertorié” comme ne produisant pas de phénomène de tolérance, l’usager peut cependant avoir envie de multiplier les prises. Cela correspond alors au degré de dépendance psychique qui s’installe.

La dépendance psychique

La dépendance psychique désigne un processus psychique qui s’installe en fonction de l’effet éprouvé par le consommateur dans le contexte de son expérience de consommation.
Si l’état ressenti correspond à ses attentes et/ou à des valeurs importantes pour lui à ce moment précis, il aura tendance à répéter son expérience.
S’il s’agit de besoins vécus comme essentiels auxquels il ne trouve réponse dans aucune autre conduite, la consommation risque de s’automatiser et de devenir un mode de réponse systématique.
Elle peut envahir d’autres contextes de vie pour devenir indispensable pour la personne. Celle-ci ne pourra s’empêcher de recourir au produit sous peine de se sentir frustrée, irritable. Des troubles physiques trouvant leur origine dans un malaise psychologique peuvent alors se manifester.

Au niveau neurobiologique, la dépendance psychique s’installe par un processus de mémorisation de l’effet positif ressenti lors de la consommation du produit ainsi que du contexte qui l’accompagne (endroit, partenaire…)
Cette expérience active un système de récompense, qui implique principalement la stimulation de cellules fabriquant un neuromédiateur spécifique, la “dopamine”, responsable de la sensation de plaisir au niveau biologique. Tous les produits psychotropes sont susceptibles d’enclencher un processus de dépendance psychique à condition que l’expérience de consommation s’avère positive pour l’usager et assez intense pour qu’il ressente le besoin de la répéter.

D’autres systèmes que celui de récompense sont mis en oeuvre pour s’opposer et gérer les comportements associés à la notion de plaisir.
La plupart des individus ont mémorisé l’expérience d’autres comportements déclenchant ce système de récompense ce qui leur permet un choix.

Remarques :
La dépendance physique ainsi que la tolérance disparaissent rapidement après une cure de sevrage appelée aussi à juste titre cure de “désintoxication”.
Le sevrage à lui seul ne résout cependant pas les difficultés que connaissent la plupart des personnes dépendantes pour gérer leur consommation ou pour s’en abstenir.
Même si l’organisme n’a plus besoin du produit pour maintenir son équilibre, s’il est désintoxiqué, le psychisme de l’individu est plus complexe.
La consommation fait partie d’une expérience vitale pour la personne dépendante et touche à son mode de vie, de pensée ainsi qu’à sa relation aux autres et aux contextes où elle consomme. Arriver à gérer sa consommation demande de trouver un nouvel équilibre, une autre relation à soi et aux autres, d’accéder à de nouveaux modes de vie.

d. Influence des variables : Produit – Individu – Environnement sur les effets et
les risques liés à la consommation

Actuellement, la pharmacologie ne peut proposer que des explications incomplètes quant à la dépendance induite par les psychotropes. Le produit utilisé entre en interaction avec un individu spécifique dans un contexte particulier.
Ces variables liées aux trois facteurs vont influer sur les effets du produit et les risques liés à la consommation.
Variables liées au produit
La variabilité des caractéristiques pharmacologiques des produits entraînent des effets de différents types :
calmant, stimulant, hallucinogène…
L’amplitude des effets dépend de la qualité et de la quantité du produit. Il est rare de rencontrer un produit pur sur le marché illicite. Des produits de coupe interviennent pour rentabiliser le trafic et ceux-ci vont interférer sur les effets et les risques encourus.
Le mode d’utilisation entraîne plus ou moins rapidement le produit dans le courant sanguin et modifie l’amplitude et la rapidité d’action, selon qu’il est inhalé, injecté ou ingéré.
La fréquence d’utilisation est importante aussi pour évaluer l’impact du produit sur l’organisme.
Variables liées à l’individu
La constitution physique de chacun avec ses déficiences et fragilités va jouer sur les effets et les risques encourus.
Le produit sera métabolisé différemment par l’organisme principalement au niveau du foie et des reins.
Par exemple :
Pour l’alcool, il faut tenir compte du sexe, du poids de la personne et de son volume sanguin…
Le profil psychologique de la personne entre également en ligne de compte.
Les psychotropes n’agissent pas sur un système nerveux neutre. Chaque individu possède déjà une façon propre de capter les messages, de les décoder, de gérer ses émotions et de réagir. Certains sont plus calmes, d’autres plus dynamiques, plus émotifs… Cette variété de “tempéraments” explique aussi la différence des effets ressentis par des personnes ayant utilisé le même produit.
Les attentes et les effets escomptés en utilisant un produit vont jouer aussi sur la réception du produit. Les effets placebo en sont un bon exemple.
La période de vie (âge, stade de développement, expériences…) constitue une variable importante sur les effets attendus et ressentis.

Variables liées à l’environnement
Le contexte d’utilisation, l’ambiance mais aussi l’interaction avec les partenaires éventuels peuvent potentialiser les effets attendus et ressentis.
La consommation de produit s’inscrit aussi dans le milieu socio-culturel ainsi que dans l’environnement familial, scolaire et professionnel de l’usager.
Par exemple :
La majorité des patients qui reçoivent des quantités de morphine croissantes pour traiter de fortes douleurs ne manifestent aucun symptôme de sevrage lors de l’arrêt du produit lorsqu’ils peuvent retourner à leur vie quotidienne. 75 à 80 % des soldats américains dépendants à l’héroïne au Vietnam ont pu sans problème décrocher dès leur retour aux Etats-Unis.
L’inscription dans un contexte inhabituel (hôpital, guerre…) avec des attentes spécifiques (anti-douleur, antistress…) sont à prendre en compte pour contrebalancer la force addictive du produit. Malgré le phénomène de tolérance et de dépendance physique ainsi que le plaisir éprouvé, la plupart des personnes peuvent gérer leur consommation d’alcool.

e. De la notion de consommation de produits psychotropes à celle d’assuétudes

La dépendance psychique, nous l’avons vu, est un risque présent lors de toute consommation régulière d’un produit psychotrope. Le problème majeur se centre sur la relation contraignante qu’un individu entretient avec un produit dans son contexte de vie et ne se fonde plus uniquement sur les caractéristiques chimiques du produit.

D’autres comportements, activités ou relations peuvent être apparentés au comportement de consommation de drogues puisque d’une première rencontre, ils peuvent induire une dépendance et envahir progressivement l’ensemble de la vie d’une personne malgré les répercussions négatives sur son vécu et celui des autres.
Dans ce cadre, le jeu pathologique, les achats compulsifs, les rapports complexes avec l’alimentation, la pratique intensive de sports, certaines relations affectives… entrent dans ce système de dépendance.

D’un point de vue biologique, ces activités, pour peu qu’elles procurent du “plaisir” à la personne, déclenchent, comme la consommation de drogues, le système de récompense au niveau du cerveau.
La Communauté Francophone de Belgique désigne ce phénomène global de dépendance sous le terme d’”assuétude” qui traduit la notion anglaise d’”addiction”.

“ D’un terme juridique anglais, lui-même issu du vieux français, signifiant “contrainte par le corps”, l’addiction est une relation de dépendance plus ou moins aliénante pour l’individu, et plus ou moins acceptée, voire parfois totalement rejetée, par son environnement social, à l’égard d’un produit (drogue, tabac, alcool, médicaments), d’une pratique (jeu, sport), ou d’une situation (relation amoureuse). Le terme est utilisé surtout par les théoriciens; le public et les cliniciens emploient plus couramment la terminologie de “comportement de dépendance”.
D. Richard – J.-L. Senon, Dictionnaire des drogues, des toxicomanies et des dépendances, Paris : Larousse-Borolas,
1999. Dans l’interaction P-I-E, le terme P pourra dès lors représenter à la fois les produits mais aussi les pratiques.

f. Principaux modes de consommation des psychotropes

Il existe plusieurs modes de consommation des produits psychotropes. Quel qu’il soit, le produit arrive dans la circulation sanguine pour atteindre ensuite le système nerveux central. Plus il pénètre rapidement la circulation sanguine, plus l’effet sera intense. Plus le volume sanguin est réduit comme chez l’enfant, plus l’effet sera ressenti de façon puissante puisque le produit sera moins dilué dans le sang.
L’injection
Elle constitue une façon rapide et puissante pour ressentir les effets du produit. C’est aussi la plus à risque puisqu’elle expose l’organisme à la septicémie, aux abcès, à la transmission du sida, des hépatites… si l’hygiène n’est pas respectée (échange de seringues…)

L’inhalation
Elle constitue comme l’injection une manière rapide de ressentir les effets du produit.

Prise nasale (Sniff)
Les produits sont prisés et se diffusent dans l’organisme à partir des vaisseaux sanguins des muqueuses nasales.

L’ingestion
L’individu ingère le produit par voie orale.

Par contact
Le produit est appliqué sur la peau sous forme d’adhésif et se libère peu à peu. Exemples : les timbres de L.S.D.
peuvent s’appliquer directement sur la peau ; les patch de nicotine, de morphine…

La variable environnement
Il est impossible de concevoir la trajectoire de vie d’un individu sans tenir compte des rapports qu’il entretient avec son environnement. A chaque instant, chacun de nous évolue en interaction avec l’époque et le lieu où il vit, avec le contexte socio-culturel et socio-économique (proches, famille, milieu éducatif, groupes de pairs, classe sociale, statut économique…) dans lequel il s’inscrit.
Si tout individu se forge une représentation spécifique de la problématique des assuétudes, avec les convictions et les valeurs qui la sous-tendent, il s’imprègne ou se confronte à une représentation sociale spécifique.
Le comportement de consommation de drogues se situe dans un contexte social et culturel qui joue un rôle important pour découvrir le ou les sens qui peuvent lui être attribués.
Sous cet angle, ce n’est pas l’usage excessif ou la nocivité du produit qui compte mais le rapport social dans lequel la consommation s’inscrit.

Quelle est la représentation sociale de l’usage des différents produits psychotropes dans un contexte donné ?
Au travers de son usage spécifique, comment l’individu se positionne-t-il face à cette représentation sociale ?
Quels messages adresse-t-il donc consciemment ou inconsciemment aux différents contextes où cet usage s’inscrit ? Pour y répondre, nous devons envisager comment la consommation de drogues est codée aux différents niveaux du facteur environnement.

a. Niveau socio-économique et socio-culturel

Rappelons que l’usage de drogues n’est pas un phénomène nouveau. Toutes les civilisations ont eu recours à certains produits psychotropes utilisés à des fins spirituelles, sociales ou médicales dans des contextes déterminés.
Par exemple:
Les tribus d’Indiens Sud-Américains consommaient des hallucinogènes au cours de leurs cérémonies religieuses.
L’empereur Marc-Aurèle faisait usage quotidien d’opium pour soigner ses maux de tête.
En Bolivie, la coutume consiste à mâcher des feuilles de coca pour supporter les conditions de vie difficiles.

Chaque culture possède ses drogues traditionnelles et en méconnaît, voire en rejette d’autres.
Ne citons que l’alcool intégré dans la tradition judéo-chrétienne mais interdit par la religion musulmane.
Selon ce point de vue, l’usage de produits psychotropes en dehors du contexte socio-culturel qui lui est attribué aura tendance à être perçu comme problématique.

Par exemple:
“ Je bois seul ou je bois avec un excès qui nuit à la convivialité. ”

De même, l’introduction de psychotropes étrangers à la culture s’accompagne de perturbations dans les mentalités, puisque leur usage ne connaît pas de normes préalables.
Il est donc logique que la plupart des gens éprouvent d’énormes difficultés à assimiler l’alcool à une drogue comportant des risques socio-sanitaires importants, alors que le haschish et l’ecstasy entrent, pour eux, aussitôt dans cette catégorie.
Lorsque des usages “problématiques” prennent de l’ampleur dans une ou plusieurs couches de la population, ils constituent un phénomène sociologique qui peut être envisagé comme le symptôme d’un dysfonctionnement dans une société aux prises avec des difficultés d’ajustement face à un changement social.

Par exemple:
Les Amérindiens ont été décimés par l’abus d’alcool, drogue étrangère à leur culture, introduite par les colons. On peut y lire l’exploitation et l’extermination d’une culture.
L’absinthe a créé des ravages dans la population ouvrière lors de l’industrialisation à la fin du XIXè siècle.

b. Une société en crise ?

Aujourd’hui, la toxicomanie constitue un des problèmes prioritaires pour les instances politiques, juridiques et socio-sanitaires. Elle est souvent décrite comme un fléau et associée à une problématique jeune et au trafic de drogues illicites. Comment l’interpréter?
Nombre de sociologues s’accordent à pointer divers facteurs à l’origine de ce malaise dans la société.

• La crise économique avec son lot de chômage et la disparité de plus en plus grande entre pauvreté et richesse.
• La société de consommation qui crée une situation paradoxale où la publicité pousse à consommer alors que des populations sont de plus en plus fragilisés notamment par une diminution de leurs revenus.
• L’exigence de la rentabilité qui favorise la compétition et survalorise l’individualisme au mépris des valeurs collectives et sociales.
• La dislocation de la famille traditionnelle.
• La crise des idéologies et la fin des utopies.
• Le phénomène jeune actuel : les jeunes occupent une place nouvelle dans la société. Ils possèdent leur mode, leur musique, leur culture diffusée par les médias à travers le monde. Curieux et avides de nouveautés, libres de responsabilités familiales et désireux de reconnaissance extérieure, ils constituent la cible idéale pour la publicité.

Les médias promotionnent une image du bien-être universel lié à l’accession aux biens de consommation.
De même, l’appartenance à un groupe social sera déterminée par des signes de reconnaissance matériels.
Si adultes et jeunes sont logés à la même enseigne, les jeunes ressentent davantage de frustration.

La durée accrue de la scolarité et le chômage à l’horizon retardent leur entrée dans la vie productive, ce qui ne favorise pas leur autonomie financière et l’accès aux biens de consommation.
Les adolescents représentent un marché pour les trafiquants. Pour les plus fragiles, le monde de la drogue peut devenir une alternative à l’insertion sociale ; pour d’autres, le deal permettra l’accès à un statut social au sein du groupe et la possibilité de gains financiers rapides.

Chaque produit psychotrope nouveau s’inscrit dans un contexte spécifique avec sa mythologie, ses rites ainsi que des valeurs et convictions qui lui sont attachées.

• Le développement de l’industrie pharmaceutique qui met sur le marché toute une panoplie de produits psychotropes. Ceux-ci ne sont plus réservés au soin des “maladies mentales” mais destinés à tout sujet souhaitant éviter des désagréments dus au stress de la vie actuelle ou améliorer ses performances. Le recours
à des substances psychoactives s’intègre de plus en plus dans la vie quotidienne et en devient par là même banalisé.
En conclusion, ces différents éléments expliquent le malaise ressenti par bon nombre de membres de notre société. Puisqu’ils n’entrevoient pas de perspectives du bien-être auxquels ils aspirent et que la société leur a promis, ceux-ci se tournent vers des substances psychotropes qui leur procurent un bien-être immédiat et/ou leur permettent de faire face aux responsabilités de la vie sociale.

c. La crise : un moment d’ouverture et de choix

Constat accablant sur une société en crise. Cependant, comme nous l’avons signalé pour la période de l’adolescence, tout état de crise motive l’individu à poser des choix.
Si nous vivons une période d’individualisme qui peut avoir comme travers de nous isoler les uns les autres, celle-ci est cependant aussi une condition de possibilité à la reconnaissance des choix de l’individu (de la femme, de l’enfant, de l’adolescent…) Cette société en mutation offre aux jeunes la possibilité de choix de vie qui ne sont
plus fixés par la tradition familiale. Elle les pousse à aiguiser précocement leur sens critique par rapport aux informations véhiculées par la publicité, par les médias.

L’accessibilité aux produits n’en rend pas une consommation généralisée automatique.
Au delà de l’inscription dans un moment socio-culturel et socio-économique donné, tout individu reçoit l’influence de strates plus proches comme la famille, le groupe de pairs, le milieu éducatif, sportif…
Ces différents niveaux contextuels possèdent chacun leurs propres règles, codes et rituels par rapport à l’usage de produits psychotropes. Au travers de ces différents contextes, l’individu va se forger une représentation.
Pour qu’il consomme une substance psychoactive, il faut que les effets attendus correspondent aux besoins qu’il valorise et qui témoignent d’une représentation de soi et du sens de la vie.

La famille
Dès la naissance, la famille imprègne l’enfant de valeurs, de convictions, de comportements. Elle a sa propre histoire transgénérationnelle par rapport à l’usage de produits psychotropes avec ses codes, ses rites, ses interdits.
C’est de ce modèle que l’enfant va hériter et par rapport auquel il va se positionner à l’époque de l’adolescence.
Le regard sur la toxicomanie ou l’alcoolisme ne sera pas le même si des cas douloureux ont été vécus dans la famille. La consommation d’alcool, de médicaments… est codée de façon différente dans chaque famille.

Les milieux éducatifs, sportifs ou de loisirs
Les différents milieux éducatifs, sportifs ou de loisirs que l’individu fréquente vont influencer de même ses convictions et comportements.

Le groupe de pairs
Dans la construction de l’identité de l’adolescent, le groupe joue un rôle primordial.
L’appartenance à un groupe va lui permettre de s’autonomiser par rapport à ses parents et de se faire reconnaître.
C’est aussi l’apprentissage de la vie en société.
La réalité adolescente s’exprime dans des groupes différent par leurs normes, valeurs et convictions par rapport aux divers psychotropes. Certains consomment des drogues illicites de façon régulière ou occasionnelle, d’autres se tournent vers des drogues licites ou prescrites, d’autres encore restent très modérés ou abstinents.
Entre ces groupes, on assiste très fréquemment à une disqualification respective pour s’affirmer et faire reconnaître leurs différences.

5. DE MULTIPLES USAGES DE DROGUES

Si nous observons un individu en train de consommer un verre d’alcool, nous n’avons pas coutume de le cataloguer comme alcoolique. Pour parler d’alcoolisme, le seul fait de consommer le produit ne nous suffit pas. Nous faisons entrer en jeu d’autres critères qui ont à voir avec la façon dont la personne consomme l’alcool : fréquence, quantité,
impact sur la santé physique, la vie sociale, etc.
Pourtant, tout se passe comme si cette distinction que nous opérons spontanément entre différents types d’usage d’alcool n’avait plus court lorsque nous sommes confrontés à une consommation de drogues illicites. Là, le simple fait d’utiliser un produit suffit bien souvent à être catalogué “drogué” voire “toxicomane”.
Or, il en va des autres drogues comme de l’alcool : il existe de multiples façons de consommer auxquelles correspondent des risques différents. En avoir conscience permet d’appréhender les situations de consommation de manière plus fine et d’adapter ses stratégies d’action en conséquence. Aujourd’hui, tant l’Organisation
Mondiale de la Santé (O.M.S) que l’Association américaine de psychiatrie s’entendent pour distinguer trois types d’usages de drogues.

a. L’usage

L’usage est défini comme une consommation de substances psychoactives n’entraînant ni complication, ni dommage.
P.J Parquet, Pour une prévention de l’usage des substances psychoactives. Usage, usage nocif, dépendance., Vanves, CFES, 1998, p15
Une telle définition suppose donc qu’il existe des consommations de drogues qui n’entraînent aucun dommage (abstraction faite des dommages dus au caractère illicite de certains produits). Ce qui ne signifie pas que, comme toute une série d’autres comportements, elles ne soient pas potentiellement à risques.

b. L’usage nocif ou abus

Il s’agit là d’un type d’usage qui, sans que l’on puisse parler de dépendance, peut engendrer des dommages physiques, psychiques et/ou sociaux pour le sujet lui-même et/ou pour son environnement.

Par exemple:
• Une consommation de produits psychotropes avant d’entreprendre une activité risquée comme conduire une voiture ou pratiquer un sport à risque.
• Une consommation qui interfère avec les exigences de la vie sociale, comme arriver en état d’ébriété au travail ou à l’école.
• Une consommation d’alcool qui, même si elle est exceptionnelle, mène à un coma éthylique.
• Une consommation qui conduit à de l’agressivité, des passages à l’acte.
• Une consommation qui apparaît nécessaire pour pouvoir entrer en relation avec autrui ou lorsqu’on est confronté à un stress…

c. La dépendance

La réelle dépendance doit être distinguée de l’abus notamment par son intensité. Il s’agit d’un problème qui relève de la santé mentale et qui peut entraîner une détresse parfois sévère.
Il ne faut pas nécessairement qu’il y ait dépendance physique pour que l’on puisse parler de dépendance.
Lorsqu’il y a dépendance, le fait de consommer le produit apparaît comme une nécessité à la personne. Elle le vit comme un réel besoin. Si bien qu’elle en arrive finalement à prendre le produit uniquement pour pouvoir continuer à vivre “normalement”. On parle de dépendance notamment quand plusieurs des manifestations
suivantes sont constatées : tolérance, sevrage, consommation compulsive, lorsque toute la vie est structurée autour de la consommation de produits, etc.
Quelques remarques :
La dépendance comme composante de la condition humaine
Tout d’abord, il est important de signaler ici, mais cela sera développé plus loin, que la dépendance est un fait anthropologique. En tant qu’être humain nous sommes tous pris dans de multiples liens de dépendance (à commencer par l’eau que l’on boit et l’air que l’on respire jusqu’au besoin d’être reconnu, d’appartenir à un groupe, etc.).
Il importe donc de faire la distinction entre la dépendance comme élément de la condition humaine et la dépendance comme trouble de la santé mentale.

Une typologie qui doit être affinée : La distinction entre trois types d’usage ne peut, comme toute typologie, rendre compte de la diversité des expériences de consommation. Il y a de nombreuses situations qui sont à l’intersection de ces différents usages.

Il faut se garder d’interpréter cette typologie comme un cheminement qui conduirait inéluctablement de l’usage à la dépendance (comme l’a longtemps suggéré la théorie dite “de l’escalade”.)
Fort heureusement, de nombreux individus font des aller-retours de l’usage à l’abus sans jamais devenir dépendant.
A nouveau, il est important de rappeler que le produit seul ne suffit pas à expliquer la dépendance mais qu’il faut prendre en compte l’interaction des trois facteurs Produit, Individu et Environnement.

“ La drogue ” : remède ou poison ? Enfin nous conclurons en faisant remarquer qu’aujourd’hui la façon dont nous pensons les drogues est souvent caricaturale et qu’il est intéressant de l’appréhender à partir d’une notion qui nous vient de l’antiquité grecque : le pharmakon (qui a notamment donné en français pharmacie, pharmacologie).
Le pharmakon n’est ni bon, ni mauvais, il est ambivalent. Il est remède ou poison, et ceci, selon l’usage qui en est fait. Prenons l’exemple des médicaments anxiolytiques du type benzodiazépine (valium, temesta, xanax, etc.).
Prescrits par un médecin pour un laps de temps limité pour faire face à un épisode de vie difficile, et consommés dans le respect de cette prescription, ces médicaments peuvent être d’une grande utilité. Par contre, certaines personnes vont utiliser ces produits pendant de longues années et ne plus pouvoir s’endormir sans y recourir.
D’autres vont augmenter les doses car ils y recherchent l’effet psychotrope. Le produit passe alors du statut de médicament à celui de “drogue” (dans le sens commun du terme). Enfin, certaines personnes vont en ingérer une quantité très importante en association avec de l’alcool pour tenter de mettre fin à leur jour et user de cette
substance comme d’un véritable poison.
On voit donc bien que selon l’usage que l’on en fait, une même substance va changer de statut : de médicament à “ drogue ” ou poison. On perçoit donc aussi tout l’intérêt qu’il y a à abandonner une approche par produits et à considérer à nouveau la drogue comme un pharmakon.