Une démarche préventive

UN OUTIL DE PRÉVENTION PRIVILÉGIÉ : VOUS-MÊME
Lors de l’animation, c’est vous qui prononcez les mots, ce sont vos gestes, vos attitudes qui leur impriment un sens. De votre relation avec les jeunes dépendra la qualité du dialogue.
Car il s’agit bien de communication lorsque l’on s’engage dans une démarche préventive.
Dans votre rôle d’adulte responsable auprès des jeunes, que vous soyez enseignant, éducateur, animateur ou parent, vous avez en charge d’ouvrir la route.

Quelles sont vos ressources pour favoriser la communication ?
Les jeunes face à vous ont besoin, pour s’exprimer, d’un climat de confiance et d’ouverture.
La problématique des assuétudes est un sujet délicat à aborder puisque les mots “drogue”, “drogué”, suscitent instantanément en chacun de nous des images, des paroles, des émotions particulières.
Chacun se forge une représentation personnelle de l’usage de drogues et de la dépendance en rapport avec une somme d’impressions personnelles, de souvenirs et de représentations sociales constituant son expérience de vie.
Votre représentation interfère inévitablement dans toute communication avec les jeunes et peut amener à des paroles et attitudes qui bloquent l’expression.

Identifier sa perception personnelle de l’usage de drogues, ce qu’elle induit comme peurs et émotions est un préalable incontournable avant toute intervention préventive.

Clarifier sa représentation
Ce ne sont pas les choses en elles-mêmes qui nous inquiètent mais l’opinion que nous nous en faisons.
Epictète ~ 50 – ~125
Identifier sa perception personnelle de l’usage de drogues, ce qu’elle induit comme peurs et émotions est un préalable incontournable avant toute intervention préventive.
Face à une personne qui se drogue, que ressentez-vous ?
Quelles sont vos peurs ?
Qu’est-ce qui vous préoccupe ?
Que pensez-vous d’une personne qui consomme ?
Répondre à ces questions vous amène à repérer vos convictions personnelles.
Elles s’expriment sous forme de généralisations.
Elles s’organisent autour de valeurs importantes pour vous (la responsabilité, la santé, la liberté, la vie…) qui sont
heurtées par la consommation de drogues.
“ Ce qui me fait peur dans la consommation de drogues, c’est qu’elle conduit à la déchéance physique. ”
“ Quand on se drogue, il n’y a plus de relations avec la famille. ”
“ Tous les gens qui se droguent en arrivent à mentir et à voler. ”
“ Ce qui me fait peur, c’est que les gens qui se droguent contaminent les autres. ”
Ce sont ces convictions qui forment la trame de ce que vous considérez comme étant la vérité à propos des assuétudes.
Pourtant, même si votre représentation s’appuie sur la réalité dans certains cas, elle n’est pas nécessairement adaptée à ce que vivent les jeunes avec lesquels vous êtes en relation pédagogique.
Leur vécu est différent. Face aux événements auxquels ils sont confrontés, ils n’établissent pas toujours la même hiérarchie de valeurs que la vôtre et ne développent pas les mêmes convictions. Recherchant les mêmes valeurs, ils n’adoptent pas les mêmes comportements. Ainsi, la valeur liberté peut être invoquée tant pour continuer à fumer que pour inciter à l’arrêt du tabac.
Etre conscient de votre représentation vous permet de savoir ce que vous mettez en oeuvre dans le dialogue et favorise votre ouverture aux perceptions différentes des jeunes.
Les questions que vous vous êtes posées pour mettre au jour votre perception vous donnent une technique pour amener le jeune à faire le même chemin de prise de conscience et d’expression de soi.
Cette démarche favorise le respect et l’acceptation de la différence et permet à chacun de s’exprimer sans crainte d’être jugé.
UNE RELATION PÉDAGOGIQUE
Pédagogie, étymologiquement, c’est le chemin que l’on offre aux enfants, la route qu’on leur désigne en les prenant par la main…
François Châtelet, Une histoire de la raison, Ed. du Seuil, 1992
Si l’on suit cette définition, la prévention des assuétudes s’inscrit assurément dans une relation pédagogique.
Le rôle de l’adulte pourrait se définir comme celui d’un guide.
Dans une escalade en montagne, le sherpa connaît les difficultés du terrain parce qu’il a déjà fait cette ascension.
Son rôle va être d’aider l’autre dans la réalisation de son itinéraire, en tenant compte de ses capacités, de ses ressources, sans décider à sa place, quitte à faire des détours, à avancer plus lentement…
L’expérience de l’escalade va être enrichissante, aussi bien pour le sherpa que pour celui qu’il guide. En reconnaissant ses propres peurs, il pourra découvrir les besoins de l’autre et l’accompagner, tout en le laissant profiter de ses expériences antérieures. Ce qui est important pour le sherpa et celui qu’il guide, c’est que ce dernier arrive au but
en choisissant son propre chemin.
De la même manière, ce qui est important dans la communication entre l’adulte et le jeune, c’est que celui-ci trouve son identité, en faisant ses propres choix et en se nourrissant de l’expérience de l’adulte.

3. LA CONSOMMATION DE DROGUES : un comportement humain

LA CONSOMMATION DE DROGUES : un comportement humain

a. La recherche de sens

Tous les comportements que nous adoptons manifestent une logique au niveau de notre expérience de vie. Ils
sont en lien avec ce que nous pensons et ressentons, ils témoignent de ce qui est important pour nous à un
moment précis dans un contexte donné.
La consommation de drogues s’inscrit dans la même logique : toute réflexion sur les assuétudes va s’intéresser au
sens que peut revêtir l’usage d’un produit par un individu dans un certain milieu de vie.

Que recherche le jeune lorsqu’il adopte tel comportement ?
Qu’est-ce que cela lui apporte de positif ?
En quoi est-ce important pour lui ?
Qu’est-ce que cela prouve pour ce jeune ?

De multiples motivations peuvent être à l’origine d’un recours à des substances psychoactives, en voici quelques exemples.

• Découvrir de nouvelles sensations : On associe souvent la notion de “plaisir” à leur usage. Encore faut-il spécifier ce terme trop vague, puisqu’il recouvre des sensations variées comme se procurer un moment de détente ou vivre intensément, s’éclater, être cool…
• Partager des émotions collectives : Certains usages en groupe sont propices à renforcer la cohésion, la communication entre les participants, à partager un événement…
• Se prouver à soi-même et aux autres qui on est : La réprobation des adultes et l’interdit de la société peuvent instituer la consommation de drogues en enjeu pour tester ses limites, s’affirmer.
• Renforcer ses performances : Les psychostimulants renforcent l’endurance, stimulent l’activité mentale…
• Avoir une meilleure image de soi : Les psychotropes ont la capacité de désinhiber, ce qui permet à certains utilisateurs de surmonter leurs craintes, d’avoir assez d’audace pour oser aborder les autres, agir comme ils le désirent…
• Affirmer son autonomie face au monde des adultes.
• Rétablir un équilibre ou rechercher un mieux-être face à des situations difficiles, à un vécu douloureux ou insatisfaisant…
• Calmer la douleur, trouver le sommeil.

Toute généralisation n’a dès lors aucun sens. Chaque expérience de consommation d’une substance psychotrope est spécifique et demande à être lue au travers de l’interaction de trois facteurs : le produit, l’individu et l’environnement que nous détaillons dans le chapitre suivant.

b. Les polarités

Les motivations qui poussent un individu à consommer sont compréhensibles par rapport à ce qu’il vit dans son contexte. Cependant, si la recherche au travers du comportement adopté doit être reconnue, le comportement peut être jugé inadéquat, voire inacceptable.
Il peut revêtir certains risques qui sont à évaluer avec les jeunes. Apprendre à les gérer, découvrir d’autres comportements plus épanouissants favorisent chez les jeunes une responsabilisation par rapport à leurs choix de vie.

Il arrive que nous soyons tiraillés entre plusieurs motivations qui nous poussent à adopter un comportement d’une part et à le refuser ou à essayer de nous en débarrasser d’autre part.

Nous nous sentons divisés en deux parties : l’une veut, l’autre pas. Ces parties conflictuelles de nous-mêmes, nous les appellerons des “ polarités ”. Elles se succèdent dans le temps et entrent en conflit par le biais de nos dialogues intérieurs. Si nous n’arrivons pas à sortir de ce dialogue interne, c’est parce que chacune de ces parties cherche à satisfaire des valeurs importantes. Celles-ci peuvent paraître conflictuelles : faire plaisir à l’autre ou à soi, choisir la sécurité ou l’aventure, vivre un plaisir immédiat ou avoir des objectifs à long terme…

Les personnes qui se sentent dépendantes de la nourriture, du tabac, de l’alcool, de drogues illicites… connaissent cette expérience. Chacun de nous peut aussi connaître ce dilemme lorsqu’il n’arrive pas à prendre une décision.
Face aux assuétudes et aux comportements à risque, les jeunes peuvent ressentir cette ambivalence. L’adulte aura tendance à ne prendre en compte que les motivations qui renforcent les jeunes dans leur décision de s’abstenir.

Si l’adulte ne leur permet pas d’explorer la part d’eux-mêmes qui pourrait chercher une satisfaction à travers un comportement à risque, ces jeunes ne pourront envisager des alternatives d’autres choix de comportements. Au travers d’animation, il est intéressant de faciliter l’expression des motivation sous-jacentes de tels comportements.
Les outils que nous proposons sont soucieux d’une telle dynamique